Guide éditorial

Carrière longue : qui peut partir avant l'âge légal

Le dispositif de retraite anticipée pour carrière longue, créé en 2003, permet à environ 130 000 assurés par an de liquider leurs droits avant 64 ans. Réservé à ceux ayant commencé à travailler jeunes, il obéit à des conditions précises de durée cotisée que la réforme de 2023 a partiellement réaménagées.

Un dispositif réservé aux entrées précoces sur le marché du travail

Le mécanisme repose sur une logique simple : ceux qui ont commencé à cotiser tôt doivent pouvoir partir plus tôt. Quatre bornes d'âge de début d'activité ouvrent désormais des droits à départ anticipé : avant 16 ans, avant 18 ans, avant 20 ans et avant 21 ans, cette dernière borne ayant été ajoutée par la réforme entrée en vigueur le 1er septembre 2023. À chaque borne correspond un âge de départ minimal, respectivement fixé à 58, 60, 62 et 63 ans pour une génération à terme. Pour valider une borne, l'assuré doit justifier d'au moins cinq trimestres cotisés avant la fin de l'année civile de son anniversaire — quatre trimestres seulement pour les personnes nées au dernier trimestre. Cette condition exclut les périodes simplement validées sans cotisation effective.

Une durée cotisée intégrale exigée

Au-delà de l'âge de début d'activité, le candidat au départ anticipé doit avoir cotisé l'intégralité de la durée d'assurance requise pour sa génération, soit 172 trimestres pour les assurés nés à partir de 1965. Cette exigence se distingue de la règle de droit commun, où des trimestres assimilés (chômage indemnisé, maladie longue durée) peuvent suffire à atteindre le taux plein. Seuls certains trimestres réputés cotisés sont admis dans le décompte : quatre trimestres de service national, quatre de maladie ou accident du travail, douze de chômage indemnisé, quatre d'invalidité, et désormais l'ensemble des trimestres de maternité et jusqu'à douze trimestres au titre du congé parental. Cette liste, limitative, explique que de nombreux assurés ayant connu des parcours heurtés se voient refuser le bénéfice du dispositif malgré une carrière apparemment longue.

Les aménagements de la réforme de 2023

La loi du 14 avril 2023, en repoussant l'âge légal à 64 ans, a paradoxalement élargi le champ du dispositif. La création de la borne à 21 ans bénéficie principalement aux assurés qui auraient autrefois liquidé à 62 ans au titre du droit commun. Le gouvernement a par ailleurs introduit une garantie : aucun assuré ne pourra cotiser plus de 44 ans, soit un plafond de 176 trimestres dans le cadre du dispositif. Les estimations de la Drees évaluent à près de 200 000 le nombre annuel de bénéficiaires à l'horizon 2030, contre 130 000 environ avant la réforme. Le coût supplémentaire pour la branche vieillesse, estimé à 600 millions d'euros par an en régime de croisière, constitue l'un des principaux postes de compensation budgétaire du report de l'âge légal.

Démarches et points de vigilance

L'assuré qui envisage un départ anticipé doit demander à sa caisse de retraite une attestation de situation au regard du dispositif carrière longue, document délivré gratuitement à partir de 55 ans. Cette attestation précise la borne atteinte et l'âge minimal de départ. Plusieurs erreurs récurrentes mettent en péril le dossier : sous-estimation des trimestres manquants au titre du chômage non indemnisé, oubli des périodes de travail saisonnier mal reportées, ou méconnaissance des règles spécifiques aux polypensionnés relevant simultanément du régime général, de la MSA ou du régime des indépendants. Un rachat de trimestres au titre des années d'études ou des années incomplètes reste possible, mais ces trimestres rachetés ne sont pas considérés comme cotisés au sens du dispositif, sauf exception. Un contrôle préalable du relevé de carrière, plusieurs années avant le départ envisagé, demeure indispensable.

La retraite anticipée pour carrière longue récompense une entrée précoce dans l'emploi par un départ qui peut intervenir jusqu'à six ans avant l'âge légal. Sa technicité — bornes d'âge, trimestres réputés cotisés, durée intégrale — exige cependant une anticipation longue et un examen attentif du parcours professionnel. La réforme de 2023, en élargissant le dispositif, en a aussi accru la complexité.