Guide éditorial
Écart de salaire hommes-femmes : où en est la France en 2024
L'écart de rémunération entre femmes et hommes s'établit en France à 14,1 % en équivalent temps plein dans le secteur privé selon les dernières données de l'Insee publiées en 2024, et grimpe à 23,5 % lorsqu'on intègre les effets du temps partiel et du volume horaire travaillé.
Un écart qui se réduit lentement, mais structurellement persistant
Depuis le début des années 1990, l'écart salarial s'est réduit d'environ un tiers, passant de plus de 22 % à 14,1 % en équivalent temps plein. Le rythme de convergence reste toutefois lent : sur la dernière décennie, la diminution n'atteint que deux à trois points. À ce rythme, la parité salariale stricte ne serait pas atteinte avant le milieu des années 2050. L'Insee distingue trois composantes dans cet écart. La première tient à la durée de travail : les femmes occupent 78 % des emplois à temps partiel, ce qui réduit mécaniquement leur revenu d'activité. La deuxième relève de la ségrégation professionnelle, les femmes étant surreprésentées dans les secteurs aux rémunérations plus modestes — santé, action sociale, éducation, services à la personne. La troisième, dite "part inexpliquée", correspond à la rémunération différente d'un homme et d'une femme occupant un poste comparable : elle est estimée entre 4 % et 5 %.
L'index de l'égalité professionnelle : un outil aux résultats contrastés
Instauré par la loi Avenir professionnel de 2018, l'index de l'égalité professionnelle impose aux entreprises de plus de 50 salariés de publier annuellement une note sur 100, calculée à partir de cinq indicateurs : écart de rémunération, écart d'augmentations, écart de promotions, augmentations au retour de congé maternité et présence de femmes parmi les dix plus hautes rémunérations. En 2024, la note moyenne s'établit à 88 points sur 100, en progression de deux points sur trois ans. Mais cette moyenne masque des fragilités. Près de 2 % des entreprises soumises à l'obligation n'ont pas publié leur index, et 40 % d'entre elles obtiennent une note inférieure à 85 sur l'indicateur dédié aux dix plus hauts salaires. Le ministère du Travail a engagé près de 400 procédures de sanction en 2023, mais les pénalités effectivement appliquées restent rares, ce qui interroge l'effectivité du dispositif.
Le poids déterminant de la maternité et des temps partiels
Les travaux de l'économiste Henrik Kleven et de ses coauteurs, repris par l'Institut des politiques publiques, montrent que la maternité explique à elle seule une part majeure des écarts résiduels. En France, la naissance d'un enfant entraîne une chute durable du revenu des mères, estimée à environ 30 % à long terme, sans effet équivalent pour les pères. Cette "pénalité enfant" s'explique par la réduction du temps de travail, le ralentissement des carrières et l'auto-sélection vers des emplois jugés plus compatibles avec la charge parentale. Le congé paternité, allongé à 28 jours en 2021, n'a pas encore produit d'effet visible sur le partage des responsabilités familiales. Les femmes consacrent en moyenne 1h30 de plus par jour aux tâches domestiques et parentales selon l'enquête Emploi du temps de l'Insee, ce qui pèse mécaniquement sur leur disponibilité professionnelle.
Une comparaison européenne nuancée
À l'échelle européenne, la France se situe légèrement en deçà de la moyenne de l'Union, avec un écart horaire de gains brut de 13,9 % contre 12,7 % pour l'UE selon Eurostat. Les pays nordiques, souvent cités en référence, présentent des écarts comparables voire supérieurs — 14,4 % en Finlande, 11,2 % en Suède — ce qui rappelle qu'un fort taux d'emploi féminin n'élimine pas mécaniquement les écarts. L'Italie affiche paradoxalement l'un des écarts les plus faibles d'Europe (4,3 %), mais cela reflète surtout une éviction des femmes peu qualifiées du marché du travail. La directive européenne sur la transparence des rémunérations, adoptée en 2023 et transposée d'ici 2026, devrait renforcer les obligations déclaratives des entreprises et ouvrir un droit individuel à l'information sur les salaires comparables.
La résorption de l'écart salarial bute désormais sur des facteurs structurels — répartition des tâches domestiques, ségrégation des métiers, effets de la parentalité — que les seuls outils d'objectivation salariale ne suffisent pas à corriger. La transposition prochaine de la directive européenne sur la transparence des rémunérations constituera un test de la capacité française à passer d'une obligation de moyens à une obligation de résultats.