Guide éditorial

Comment devenir infirmier·e en France

Profession la plus nombreuse du système de santé français, avec environ 660 000 actifs, le métier d'infirmier en soins généraux reste accessible par une voie unique mais exigeante : trois années d'études en institut, sanctionnées par un diplôme d'État conférant désormais le grade de licence.

Une voie d'accès unifiée via Parcoursup

Depuis 2019, l'entrée en institut de formation en soins infirmiers (IFSI) ne passe plus par un concours mais par la plateforme Parcoursup pour les bacheliers et les étudiants en réorientation. Les candidats de la formation professionnelle continue, justifiant d'au moins trois ans d'activité, conservent une voie distincte avec épreuves écrites et entretien organisés par les IFSI. Les profils retenus sur Parcoursup sont sélectionnés sur dossier, avec une attention particulière portée aux résultats scientifiques, à la maîtrise du français et au projet professionnel exprimé dans la lettre de motivation. Près de 35 000 places sont ouvertes chaque année dans les 330 IFSI français, mais la demande reste très supérieure à l'offre : en 2023, plus de 110 000 vœux ont été formulés pour cette filière, l'une des plus sollicitées de la plateforme.

Trois années d'études et 2 100 heures de stage

La formation conduisant au diplôme d'État d'infirmier (DEI) s'étend sur trois ans, soit six semestres validant 180 crédits ECTS. Elle combine 2 100 heures d'enseignements théoriques, dispensés en IFSI et à l'université dans le cadre de conventions, et 2 100 heures de stages cliniques en milieu hospitalier, en établissement médico-social, en psychiatrie ou en soins de proximité. Le cursus, structuré autour de dix compétences professionnelles, couvre les sciences biologiques et médicales, les sciences humaines, les méthodes de soins et la pharmacologie. L'évaluation est continue : chaque unité d'enseignement est validée séparément, et la diplomation suppose la rédaction d'un mémoire de fin d'études. Depuis la réforme LMD, le DEI confère le grade de licence, ouvrant la voie à des masters universitaires, notamment en santé publique, en management hospitalier ou en sciences infirmières.

Inscription à l'Ordre et conditions d'exercice

L'obtention du diplôme ne suffit pas à exercer. Tout infirmier doit s'inscrire au tableau de l'Ordre national des infirmiers, créé en 2006, et obtenir un numéro RPPS auprès de l'Agence régionale de santé. Cette inscription, payante, conditionne l'exercice salarié comme libéral. Les conditions de moralité, l'absence de condamnation incompatible avec l'exercice et la maîtrise suffisante du français sont vérifiées. Pour les diplômés hors Union européenne, une procédure d'autorisation d'exercice passe par une commission spécialisée et peut inclure des épreuves de vérification des connaissances. Le salaire net médian s'établit à 2 440 euros mensuels, avec des écarts notables selon le secteur d'exercice : la fonction publique hospitalière, qui emploie environ deux tiers des effectifs, applique des grilles indiciaires revalorisées par le Ségur de la santé, tandis que l'exercice libéral et le secteur privé offrent une rémunération plus variable.

Spécialisations et perspectives d'évolution

Après deux ans d'exercice, plusieurs spécialisations sont accessibles via des concours ou des formations dédiées : infirmier anesthésiste (IADE, 24 mois), infirmier de bloc opératoire (IBODE, 18 mois), puériculteur (12 mois). La création du statut d'infirmier en pratique avancée (IPA), reconnu au niveau master, marque une évolution majeure : ces professionnels, formés en deux ans à l'université après trois années d'expérience, assurent un suivi autonome de patients atteints de pathologies chroniques. D'autres parcours mènent vers le management (cadre de santé, formation à l'EHESP), l'enseignement, la coordination médico-sociale ou la gestion des risques sanitaires. Plusieurs titres RNCP de niveau 6 — coordinateur du secteur médico-social, responsable d'actions gérontologiques, sciences et techniques médico-sociales — offrent des passerelles vers des fonctions d'encadrement, sans renier l'identité soignante initiale.

Devenir infirmier suppose un engagement long et structuré, mais ouvre l'accès à un marché du travail durablement tendu : la profession reste en première ligne face au vieillissement démographique et à la pénurie chronique de personnel soignant. Les perspectives de spécialisation et d'évolution, désormais adossées au cadre universitaire LMD, élargissent sensiblement l'horizon professionnel au-delà du seul exercice clinique initial.